Le roi wisigoth Récarede s’étant converti de l’Arianisme au Catholicisme, la secte des juifs en reçut un coup décisif, d’autant que, comme on l’a dit plus haut, l’Empire Wisigoth était le rempart de l’hérésie.
On avait conservé encore à cette époque les tristes souvenirs de la sanglante persécution déclenchée par l’arien Leovigilde contre les catholiques et les plaies ouvertes par celle-ci, persécutions auxquelles les juifs avaient participé avec cruauté, de sorte que, dans l’Espagne gothique d’alors, le ressentiment du peuple catholique était général contre le peuple d’Israël. Il est donc compréhensible que les chefs wisigoths, après avoir abjuré l’hérésie arienne et adopté le Catholicisme, prirent une série de mesures pour freiner l’expansion dominatrice des juifs.
L’écrivain philo-juif José Amador de los Rios reconnaît que : “Les juifs avaient en effet forcé l’accès aux fonctions publiques, des positions auxquelles les avaient élevés les rois ariens : il leur était ainsi donné de s’introduire par mariage dans les familles chrétiennes, ce qui facilitait grandement leur situation et leur richesse, leur assurant pour l’avenir une fréquente influence dans l’Etat. Enorgueillis par leur fortune et leur pouvoir, ils avaient éventuellement joué un rôle dans la dernière et très pénible persécution menée par les ariens contre les catholiques au cours du règne de Léovigilde. La crainte des Pères Tolèdans n’était donc pas une crainte ridicule et puérile, étant donné l’intérêt qu’ils portaient au triomphe du Catholicisme et à la cause qu’ils défendaient ; et, en s’appuyant sur l’exemple du Synode Illibiterain, ils proposèrent donc de réfréner les juifs et de les réduire à l’impuissance contre les chrétiens”. 66).
Parmi les Canons du IIIème Concile de Tolède approuvés dans ce but, le Canon XIV ressort par son importance, statuant à propos des juifs : “Que ne leur soient pas confiées des charges publiques dans lesquelles ils puissent infliger des peines aux chrétiens”. 67)
Cette ordonnance de la Sainte Eglise Catholique ne peut être mieux justifiée, car les juifs se sont toujours servis des postes de gouvernement conquis sur les peuples qui leur avaient donné l’hospitalité pour porter préjudice aux chrétiens d’une manière ou d’une autre.
Il est indubitable que si les Métropolites et les Evêques du Concile de Tolède en question avaient vécu de nos jours, ils auraient été accusés de cruel antisémitisme par la cinquième colonne juive introduite dans le clergé catholique. Néanmoins, les prélats du IIIème Concile de Tolède ordonnèrent que : “si des chrétiens avaient été entachés par eux du rite judaïque ou circoncis, ils soient immédiatement libérés et restitués à la religion chrétienne, sans aucun dédommagement”.
L’historien J. Amador de los Rios, commentant d’autres dispositions anti-judaïques du Saint Concile en question, écrit : “Les Pères aspiraient à conseiller à Récarède la mise en œuvre de ces dispositions répressives comme un point tout à fait essentiel et d’importance majeure, pour renforcer le projet des Canons d’Elvire déniant aux juifs tout droit d’alliance et de mélange avec la race hispano-latine, étant donné que l’ethnie wisigothe s’était maintenue jusqu’alors inaccessible aux peuples dominés par elle et se conservera encore longtemps telle par la suite”. 68)
Parmi les dispositions du Concile de Tolède en question, figurait aussi celle interdisant aux juifs d’acheter des esclaves chrétiens. Ces dispositions étaient conformes aux ordonnances données dans le même esprit par le Pape Saint Grégoire le Grand, qui, en même temps qu’il s’opposait aux conversions forcées de juifs et à toutes espèces d’oppressions destinées à les obliger à se convertir en faux chrétiens, leur interdisait formellement de posséder des esclaves chrétiens et combattait avec énergie toute manifestation de Judaïsme souterrain pratiquée par ceux qui en public se posaient en chrétiens.
L’historien isréaélite Graetz cite à ce propos une anecdote intéressante, rapportant du pape Saint Grégoire le Grand qu’”Ayant appris qu’un juif du nom de Nasas avait érigé un autel à Elija probablement une synagogue connue sous ce nom en Sicile et que des chrétiens se réunissaient là pour célébrer le service divin (du culte juif), Grégoire ordonna au préfet Libertinus de démolir l’édifice et d’infliger à Nasas une peine corporelle pour ce délit.
“Grégoire fit poursuivre avec énergie les juifs qui achetaient et possédaient des esclaves chrétiens. Dans l’Empire des Francs où le fanatisme ne s’était pas encore enraciné, les juifs n’étaient pas empêchés de prendre part au commerce des esclaves. Grégoire en était indigné, et il écrivit au roi de Bourgogne Théodoric (Thierry), à Théodobert roi d’Austrasie et à la reine Brunehilde, leur exprimant son mécontentement de ce qu’ils permettaient aux juifs de posséder des esclaves chrétiens. Il les exhorta avec un grand zèle de remédier à ce scandale et à libérer les vrais croyants de la puissance de leurs ennemis”.
“Récarède, le roi des Wisigoths, qui se soumit au Saint Siège fut hautement loué par Grégoire pour avoir promulgué un édit d’intolérance”. 69)
On voit donc que les mesures approuvées par le Wisigoth Récarède pour enchaîner la bête judaïque furent inspirées, comme le rapporte Graetz, ni plus ni moins que par le Saint Pape Grégoire le Grand, qui pendant un certain temps avait essayé en vain de gagner les juifs par la bonté et la tolérance. Il est également intéressant de noter que le Pape Saint Grégoire, au moment même où il récusait les conversions forcées, nourrit des espérances d’évangéliser les juifs par des moyens pacifiques, mais, sachant que les conversions de ceux-ci étaient en général feintes et fausses, il espérait cependant parvenir au moins à fixer leurs enfants sincèrement dans le Christianisme.
A ce sujet, l’historien juif cité dit clairement à propos de Saint Grégoire : “Lui cependant ne se laissait pas tromper par la croyance que les conversions obtenues de cette façon avaient donné de loyaux chrétiens, mais il comptait sur leurs descendants. Si nous ne les gagnons pas, du moins nous gagnerons leurs enfants” 70) rapporte l’auteur cité, et, ce que l’on doit noter, c’est que le Pape Saint Grégoire le Grand de si glorieuse mémoire dans l’histoire de l’Eglise savait donc bien que les conversions des juifs étaient de fausses conversions, mais ce qu’il voulait à travers elles, c’était de gagner au Christianisme leurs enfants éduqués chrétiennement. Malheureusement, la méchanceté et la perfidie du Judaïsme ont fait échouer même ces calculs en apparence très logiques. Car nous avons déjà vu, au chapitre II de cette IVème partie, que l’historien juif Cecil Roth affirme que le marranisme ou Judaïsme clandestin s’est caractérisé par la transmission de père en fils et en secret de la religion juive, masquée sous les apparences de la Religion Chrétienne pratiquée publiquement par les marranes. Ainsi les calculs de tous les responsables de l’Eglise et des Etats chrétiens reposant sur l’idée que, même si les conversions étaient fausses et feintes, il serait possible de convertir les descendants en bons chrétiens, échouèrent tous lamentablement à travers les siècles comme nous l’étudierons plus loin.
66)J. Amador de los Rios : “Histoire des Juifs en Espagne et au Portugal ” t.I p.82.
67) Actes du IIIeme Concile de Tolède, Canon XIV in “Collection des canons de tous les Conciles de l’Eglise d’Espagne et d’Amérique” par Juan Tejada et Ramiro, Madrid,1859, t. II, p. 304.
68) J. Amador de los Rios, Op. cit. t. I p.83.
69) Saint Grégoire le Grand cité par Graetz, Op. cit., t.II, pp 33-34.
70) Graetz, Op. cit., t.III, p.33.